Image
Image
Image
Image
Eglise et migrations

Image
" Avancerons-nous vers plus d’humanité ? " par Sr Christine Kohler, pse

Une nouvelle année scolaire et pastorale s'ouvre devant nous, comme une page blanche à écrire. La vie quotidienne reprend peu à peu son rythme. Des projets se remettent en route, souvent dans un mélange d'espoirs et de craintes. Qu'est-ce que cette rentrée apportera aux personnes venues d'ailleurs ?

Elias, 9 ans, et Sam, 5 ans, feront leur première rentrée en France. D'origine syrienne, ils sont arrivés en France avec leur famille le 29 janvier dernier, dans le cadre des « couloirs humanitaires » et ont été accueillis à Rennes par le collectif « Accueillir et partager ». Wadie, également d'origine syrienne et accueilli via les Couloirs humanitaires dans le diocèse de Versailles, fera, quant à lui, un grand pas vers son insertion professionnelle. Menuisier/charpentier de formation, il a été accepté par la « Fabrique NOMADE », association qui soutient des artisans réfugiés.
 
D'autres migrants vivront la rentrée dans la peur, confrontés au durcissement de la politique nationale et européenne. Sergueï attend sa convocation au tribunal qui décidera de son renvoi vers la Géorgie. Arrivé en France il y a sept ans, il a pu se soigner et trouver un accompagnement pour ses troubles psychiques. Ses enfants, maintenant majeurs, vivent ici ; son épouse, avec qui il habitait en région parisienne, est décédée il y a un an. Depuis juin, il vit dans l'angoisse : le renouvellement de son titre de séjour a été refusé et il a reçu l'obligation de quitter le territoire français. Mais quel avenir en Géorgie ?
 
La rentrée sera aussi l'occasion de partager les expériences d'été. Parmi elles, cette belle fête pour Mamadou, de Guinée, qui a obtenu son statut de protection subsidiaire et pourra continuer son insertion en France. Un soir d'été a rassemblé autour d'un barbecue toutes les personnes qui l'ont soutenu pendant sa demande d'asile : familles qui l'ont hébergé et qui ont vécu avec lui une belle expérience d'hospitalité, son tuteur en soutien juridique et administratif, de nouveaux amis rencontrés ici. Mamadou était tellement heureux ! Il a trouvé une nouvelle famille, ici, en France - elle ne pourra jamais remplacer la sienne, restée au pays, mais il sait qu'il a maintenant des amis ici sur qui il peut compter.
 
Les activités en paroisse reprendront. Tant de baptisés s'y engagent : dans la catéchèse, la pastorale des jeunes, la solidarité et bien d'autres domaines. Parfois la catholicité de l'Eglise se reflète visiblement au sein de nos paroisses : aux Français se mélangent Congolais, Vietnamiens, Polonais, etc. Ainsi Roger continuera son service au conseil pastoral paroissial dans le nord de Paris. Originaire du Congo, il est devenu un point de repère dans sa paroisse pour d'autres Africains qui trouvent en lui soutien et conseil. Et il permet des ponts vers l'ensemble de la communauté.
 
Comment ne pas penser aussi à tous ceux qui sont encore sur le chemin d'exil ? Je pense à tous ces migrants en Libye, en proie à la violence des réseaux criminels : tortures, viols, meurtres .... Beaucoup tenteront de passer en Europe, dans l'espoir d'échapper à l'enfer libyen. Mais en juin 2018, 1 migrant sur 7 est décédé dans sa tentative de traverser la Méditerranée (contre 1 sur 38 au premier semestre 2017). Est-ce que le sauvetage des vies redeviendra une vraie priorité (comme nous l'ont montré récemment les sauveteurs en Thaïlande, sous le regard du monde entier, pour libérer les jeunes enfermés dans une grotte) ? Saurons-nous bâtir des politiques nationales, régionales et internationales au service de la vie, dans les pays d'accueil comme dans ceux de départ et de transit ? Oui, la rentrée ouvre devant nous de nouvelles pages d'histoire à écrire. Dans quelle direction avancerons-nous ? Notre foi nous fait vivre dans l'espérance, dépassant impuissances, peurs et impasses. Et cette dynamique de vie dans le Christ veut se déployer dans toutes les dimensions de notre existence. Elle ouvre des chemins pour oser la rencontre, quitte à nous laisser déplacer et enrichir par l'autre. Elle nous invite à vivre en Eglise une réelle communion dans notre diversité, où chacun pourra apporter l'expérience de sa foi, dans ses expressions propres. Elle nous encourage à ne pas nous résigner ni à la détresse de l'autre ni à des réponses simplistes, mais à rechercher avec créativité et intelligence des solutions qui ouvrent des horizons, sur des chemins d'hospitalité, de développement, de sobriété et de partage. Est-ce que les mois à venir nous permettront d'avancer dans cette voie ?

Sr. Christine Kohler, pse, Directrice adjointe du SNPMPI 

Source : Lettre de septembre 2018 sur l'intranet de la Conférence des évêques de France

Image