Un artisan réfugié, accueilli dans le diocèse de Versailles, suit le parcours de la Fabrique Nomade

Formé par son père en menuiserie-ébénisterie, Wadie a aussi appris la vannerie.

Formé par son père en menuiserie-ébénisterie, Wadie a aussi appris la vannerie.

Wadie, 35 ans, est marié avec Fadia, 36 ans. Ils ont deux petits garçons, Georges, 2 ans et demi et Cherbel, 1 mois et demi. Arrivée en France en novembre 2017, par le biais des Couloirs humanitaires, la famille Haddad est accueillie par la paroisse Notre-Dame de Versailles. Le couple a ainsi pu retrouver Caroline et Christine, les deux sœurs de Wadie, réfugiées en France un an plus tôt.

Wadie et Fadia sont originaires d’Alep (Syrie), où ils ont vécu jusqu’en 2015, avant de fuir la violence des combats et de s’exiler au Liban. Ils sont restés deux ans dans une pièce insalubre, à Beyrouth, dans une zone très dégradée, habitée presque exclusivement par des musulmans chiites. C’est là qu’ils ont été signalés par un prêtre jésuite d’Alep aux responsables des Couloirs humanitaires.

A Alep, Wadie travaillait dans l’atelier de son père qui l’a formé comme menuisier-ébéniste. Ils fabriquaient des meubles, des escaliers, des fenêtres. Parallèlement, il s’est formé à la vannerie avec un ami artisan vannier – il en existe seulement 5 en Syrie. Tout en continuant son travail de menuisier-ébéniste, il façonnait l’osier et confectionnait des paniers, des objets de décoration, des petites boîtes pour mettre les dragées lors des baptêmes et des mariages… D’autre part, il animait des ateliers pour personnes handicapées. Wadie explique que cet artisanat est facile à mettre en œuvre pour les personnes en situation de handicap car il n’y a pas besoin de machines ou d’outils compliqués. C’est même un des seuls arts que les personnes aveugles ou malvoyantes peuvent exercer.

Contacté par la Fabrique Nomade pour intégrer son programme

La Fabrique Nomade est une association qui agit pour la valorisation et l’insertion professionnelle des artisans réfugiés en France. Elle propose un parcours adapté sur six mois, qui favorise leur montée en compétences, leur autonomie et l’adaptation de leur savoir-faire au contexte économique, culturel et réglementaire français, incluant l’apprentissage du français et créant du lien social, proposant aux artisans de transmettre leurs savoirs en animant des ateliers. Ces ateliers permettent aussi aux artisans de changer de posture : de passer « d’apprenant, d’aidé » à la posture « d’enseignant, de sachant ».

Chaque artisan est accompagné par un designer bénévole qui l’aide à reprendre son métier en main et à s’adapter pour répondre aux besoins des entreprises. Avec lui, il crée un objet qui fera partie d’une collection exposée et mise en vente. Cette création donnera à voir son savoir-faire mieux qu’un CV papier.

Accompagné par Thibaud Klepper, Wadie a créé « Dafira », un plateau tressé à la main qui réunit ses compétences en vannerie et en ébénisterie. Pour la Fabrique Nomade, il anime des ateliers de création au cours desquels il initie aux techniques du tressage du rotin, pour la réalisation d’un miroir.

Wadie est très heureux de sa formation à la Fabrique Nomade. Elle lui permet, par les échanges avec les autres artisans, les bénévoles de l’association et le designer, d’apprendre le français dans un cadre plus stimulant pour lui que des cours académiques. Il apprécie énormément ces rencontres avec les autres réfugiés, tous de nationalités différentes, qui l’obligent à parler français. Elle lui permet aussi de mettre en œuvre ses savoir-faire et de les transmettre. Wadie a des projets : il souhaiterait beaucoup, en particulier, travailler à nouveau avec des personnes handicapées.

Marie-Anne Hameury, Responsable de la Pastorale des Migrants du diocèse de Versailles

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