Baisse de l’émigration pendant le pontificat de Pie XI

Pie XI fut pape de 1922 à 1939 (257e dans la succession de Pierre). Achille Ratti Né: 1857 – Archevêque de Milan – Créé Cardinal: 1921 – Décédé: 1939.
Pape de 1922 à 1939, Pie XI gouverne l’Eglise à une période de baisse de l’émigration et de consolidation des positions ecclésiales dans les pays d’accueil. Il doit composer avec les totalitarismes qui influent sur le clergé en charge des migrants. Il développe une vision négative des causes de départ.
La contraction des flux permet une consolidation des positions ecclésiales dans les pays d’accueil
Le pontificat de Pie XI est marqué par une réduction drastique des flux migratoires : d’une part, dans un climat de crise économique qui atteindra son paroxysme avec la “grande dépression” de 1929, les pays d’immigration se proposent de contrôler les flux migratoires, en particulier les États-Unis avec l’Immigration Act de 1924 et des “quotas” d’immigration toujours plus restrictifs ; d’autre part, les pays d’émigration, comme l’Italie, pour des raisons idéologiques et politiques, pratiquent une économie autarcique et de limitation des départs des nationaux. Cette contraction des flux migratoires favorise la consolidation des positions ecclésiales (paroisses, confréries et associations religieuses), mais aussi sociales et morales (hôpitaux, foyers, patronages) et éducatives (écoles et formation professionnelle) de l’Église dans les pays d’installation des migrants catholiques.
La gestion de l’émigration par l’Eglise au défi des totalitarismes
Pie XI gouverne l’Eglise à une période où émergent et s’affirment les totalitarismes de droite et de gauche, comme le bolchevisme en Union soviétique, le fascisme en Italie, le nazisme en Allemagne, le franquisme en Espagne ou encore le salazarisme au Portugal. Face aux flux de migrants fuyant les persécutions politiques et « raciales », Pie XI sollicite les épiscopats européens et nord-américains afin que ces derniers intensifient leur action auprès des personnes réfugiées et déplacées. De la même manière, lorsque démarrent des flux migratoires consécutifs aux persécutions religieuses dues à la politique anticatholique du gouvernement mexicain de Plutarco Elías Calles, Pie XI attire l’attention de l’épiscopat nord-américain.
Dans les pays gouvernés par des mouvements fascistes et nazis, les politiques culturelles agressives accélèrent l’intégration sociale et ecclésiale des immigrés, non sans susciter des tensions au sein même de l’Eglise. En 1927, en raison des interférences du régime fasciste au pouvoir en Italie sur le personnel ecclésiastique, le Saint-Siège décide de supprimer le corps des missionnaires italiens de l’Œuvre Bonomelli auquel était jusque-là confiée l’aide aux émigrés italiens en Europe. Cette dernière est alors confiée à une nouvelle institution, la Direction des missionnaires pour les émigrés en Europe, présidée par Mgr Costantino Babini, et aux congrégations religieuses, notamment les Scalabriniens.
Une vision des causes de l’émigration qui se distingue par son caractère pessimiste
Jusqu’à Pie XI, les souverains pontifes se distinguaient par une vision plutôt positive des causes de l’émigration. Si ces derniers manifestaient des craintes quant à un possible risque de déracinement spirituel pour les migrants catholiques, l’émigration était considérée comme une manière de distribuer plus équitablement les biens de la terre, en permettant notamment une meilleure répartition des terres.
Pie XI propose une analyse plus nuancée. Dans la lettre apostolique Lucundo sane animo (Avec un esprit vraiment joyeux) publiée en juin 1937, le souverain pontife présente une vision alors d’avant-garde du phénomène migratoire, engendré selon lui « par le désordre et le déséquilibre injuste, en raison desquels l’on voit les richesses des nations accumulées dans les mains d’une petite élite de particuliers qui règlent le marché mondial selon leur bon vouloir avec un dommage immense pour les masses ».
