Le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral

Bruno-Marie DUFFE, philosophe et théologien, aux 83èmes Semaines Sociales de France sur le theme " Les religions, menace ou espoir pour nos sociétés?" (Lyon, 21 novembre 2008)

Père Bruno-Marie DUFFE, philosophe et théologien, aux 83èmes Semaines Sociales de France sur le theme  » Les religions, menace ou espoir pour nos sociétés? » (Lyon, 21 novembre 2008).

Le projet et la visée du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral s’inscrivent dans la volonté du Saint-Père de renouveler et d’encourager la mission de l’Eglise universelle « pour ce qui concerne la justice et la paix, ainsi que les questions relatives aux migrations, à la santé, aux œuvres de charité et à la sauvegarde de la création » (cf. Motu proprio (M.P.) 17.08.2016 §1)

L’approche du Développement Humain Intégral considère la condition humaine – en chaque personne comme dans les réalités communautaires et internationales – en honorant toutes ses dimensions : historique, anthropologique, culturelle, économique, écologique, politique, spirituelle et religieuse.

Cette manière de penser l’humanité s’inspire de l’affirmation centrale de l’encyclique « Populorum progressio » (Paul VI, 1967) : Il s’agit d’un développement qui « ne se réduit pas à la simple croissance économique. Pour être authentique, il doit être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme et tout l’homme. (…) Ce qui compte pour nous, c’est l’homme, chaque homme, chaque groupement d’hommes, jusqu’à l’humanité tout entière… (« Populorum progressio », 1967, §14).

L’une des intuitions majeures du pape François, dans sa récente encyclique « Laudato Si’ » (2015), est que toutes les dimensions du développement sont liées. Chaque aspect de l’expérience humaine en appelle un autre : l’écologie interroge l’économie ; la mémoire culturelle colore l’expression spirituelle ; la vie politique et la vie sociale sont liées…

En réunissant dans un seul et même Dicastère quatre Conseils pontificaux jusque-là distincts  (« Justice et Paix » ; « Cor Unum » ; « Acteurs de santé » ; « Migrants et Réfugiés »), le Saint-Père en appelle à une mission spécifique : considérer, déployer et nourrir la réflexion et l’action de l’Eglise, dans le domaine du développement, de la solidarité et de la sauvegarde de la création.

Le Dicastère a donc une triple fonction :

1- une fonction de veille et d’attention à l’égard des situations dans lesquelles la dignité des personnes est menacée, du fait d’un développement injuste, de la violence économique ou politique, du dérèglement climatique et des migrations forcées.

NB : une section particulière du Dicastère « s’occupe spécifiquement de ce qui concerne les réfugiés et les migrants : elle est placée sous l’autorité du Souverain Pontife » (M.P. 17.08.2016 1§4).

2- une fonction de mémoire et de rappel de la Doctrine sociale de l’Eglise (cf. M.P. 1§2) qui actualise sans cesse les principes fondamentaux de la justice sociale et de la paix : dignité et droits de la personne ; responsabilité partagée et subsidiarité ; primat du « bien commun » sur les intérêts particuliers ; principe de solidarité entre tous les vivants.

3- une fonction de proposition et d’initiatives pratiques qui permettent aux Eglises et communautés chrétiennes locales ainsi qu’à tous les acteurs de paix de participer à la construction d’un monde de droit, de bienveillance et de soin de toutes les formes de vie.

Trois commissions exercent la fonction de vigilance quant aux principaux domaines de compétence du Dicastère. Il s’agit de la Commission pour la Charité, de la Commission pour l’Ecologie et de la Commission pour les Services de Santé (cf. M.P. 4§5). Chacune de ces Commissions a la charge de soutenir la réflexion et de proposer des appuis – intellectuels et spirituels – pour les acteurs du lien social. On encouragera, dans la démarche de ces Commissions, des « thématiques transversales », par exemple :

  • charité, accueil, protection, promotion, intégration ;
  • écologie, économie, droit à la terre, droit au travail ;
  • éducation à la santé ; corps et spiritualités ;
  • violences et processus de paix.

Les trois Commissions donnent à la charité – dimension constitutive de la mission de l’Eglise – sa pleine mesure et ses traductions dans la pensée et dans l’action concrète.

Il est clair que le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral ne part pas de rien. Les quatre Conseils, qui sont réunis en son sein et qui disparaissent désormais en tant que tels, apportent les compétences et la riche expérience de leurs membres. Les Eglises locales ne manquent pas de ressources et peuvent participer aux travaux du Dicastère. Il s’agit de relier ces travaux et de les situer dans une perspective commune afin de considérer les besoins fondamentaux, la santé, les droits et les espoirs des hommes, des femmes et des enfants de notre temps (cf. Const. Past. Gaudium et Spes, Concile Vatican II, Décembre 1965, §1), en commençant par les plus pauvres : victimes de la faim, de la guerre ou de l’exil (cf. M.P. 3§3 ; 3§6).

Le Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral recueille des informations qui touchent directement ou indirectement aux menaces qui pèsent sur la vie humaine, la dignité et l’intégrité des personnes (cf. M.P. 3§2). Il œuvre à la coordination et à l’aide nécessaire auprès des organisations catholiques de charité et de développement. Il apporte un soutien matériel et spirituel aux Eglises locales (cf. M.P. 3§3) en prenant appui sur les « structures pastorales opportunes » et les institutions capables d’apporter un accompagnement aux personnes : « malades, migrants, apatrides, gens du cirque et de la fête, nomades et itinérants » (M.P. 3§3). Cette mission s’accomplit en lien étroit avec les quatre Fondations Pontificales (la Fondation « Jean Paul II pour le Sahel », la Fondation Populorum Progressio, la Fondation « Bon Samaritain », la Fondation « Saint Mathieu ») grâce auxquelles le Pape manifeste sa sollicitude et l’aide de l’Eglise aux situations de souffrance. Elle peut également conduire le Dicastère à entretenir des relations avec des organisations non-gouvernementales, « même en dehors de l’Eglise catholique » (M.P. 3§5).

Parmi ces initiatives en faveur de la paix et de la solidarité avec les personnes les plus vulnérables, on citera notamment la Journée mondiale de la Paix, la Journée mondiale du Migrant et du Réfugié et la Journée mondiale du Malade (cf. M.P. 3§6), etc.

Le Dicastère est en lien étroit avec la Secrétairerie d’Etat, en particulier quand il s’exprime publiquement (cf. M.P. 4§1 et 2).

Les idées fondatrices et la visée du Dicastère en font un lieu et un lien pour les acteurs de la charité, du soin des personnes et du droit, au sein des Eglises locales et entre les pays, en contexte de crise humanitaire comme dans le suivi de programmes de développement concerté et durable.

La perspective centrale est le service des hommes et des femmes en souffrance qu’il importe de rejoindre, de rencontrer, de soutenir et de promouvoir dans l’Esprit de l’Evangile et avec la grâce de Dieu, notre Père.

Mgr Bruno-Marie Duffé

Secrétaire du Dicastère pour le Service du Développement Humain Intégral

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